Scales: Echelles

By | May 27, 2013

Different poets work at different scales. Some are interested in the very interstices between letters, or in the letter itself, as in concrete and visual poetries that experiment with letter-like forms, superimposed letters, etc. Geof Huth, for instance, is a poet of the letter. Others work at the interstices between individual words. Words have their own attractions and repulsions, so that the adjective dry is more likely to find itself in the vicinity of the word desert than in the vicinity of the word couch. The poet who works at the scale of the word resists the “natural” and “spontaneous” attractions of words to each other (these being of course historical and cultural, and not natural at all). She seeks to couple words in “unnatural” ways, against the grain of established word-associations. The assemblage should make a whole, but its pieces should be heterogeneous. Amy King often works at the scale of the word, as do I. Still other poets work at the scale of the phrase. Rhythms and figures of thought tend to interest them more than the interconnections between individual words; they do not necessarily avoid the occasional cliché and the background noise of received ideas. A. R. Ammons and Walt Whitman are both poets of phrase and rhythm, for instance. Of course, all poets must confront all of the scales of language, but their strengths may lie more in the details and in the articulation of parts, or rather in the panorama, in the arc of the whole.

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Les poètes travaillent à des échelles différentes. Tel poète s’intéresse aux interstices mêmes entre les lettres, ou bien à la lettre elle-même, comme dans la poésie concrète ou visuelle qui façonnent des choses ressemblant à des lettres, composent des lettres en surimpression, etc. Geof Huth est un poète de la lettre, par exemple. D’autres poètes travaillent dans les interstices entre les mots individuels. Les mots ont leurs attractions et répulsions propres, de sorte que l’adjectif sec se trouve plus volontiers près du mot désert qu’à côté du mot _canapé. Le poète qui travaille à l’échelle du mot résiste aux attractions “naturelles” et “spontanées” des mots entre eux (ces attractions étant bien sûr historiques et culturelles, et pas du tout naturelles). Elle cherche à accoupler les mots de manière volontairement artificielle, à rebours des associations verbales établies. L’assemblage doit former un tout, mais les pièces de l’assemblage doivent être hétérogènes. Amy King travaille souvent à l’échelle du mot, tout comme moi-même. D’autres poètes encore travaillent à l’échelle de la phrase ou du membre de phrase. Les rythmes et les figures de pensée les intéressent plus que les interconnexions entre les mots individuels; ils n’évitent pas forcément les clichés et le bruit de fond des idées reçues. A. R. Ammons et Walt Whitman sont tous deux des poètes de phrase et de rythme, par exemple. Bien sûr, les poètes doivent toujours composer avec toutes les échelles de la langue, mais elles peuvent puiser leur force davantage du côté des détails et de l’articulation des parties, ou plutôt du côté du panorama, dans l’arc du tout.