Une polémique relative à Marceline Desbordes-Valmore, contre Yves Bonnefoy: A Polemic Concerning Marceline Desbordes-Valmore, Against Yves Bonnefoy

J’ai commencé récemment un long laïus contre la préface d’Yves Bonnefoy à l’édition Poésie Gallimard de Marceline Desbordes-Valmore, préface pleine de louanges assassines que je trouve d’une misogynie plus qu’accablante. Ca date d’il y a vingt ans et plus (1983), mais bien tristement, je ne doute pas de son actualité, et puis c’est la seule édition de poche de MDV!

J’étais donc au beau milieu de ma tirade qu’un petit diable en queue-de-pie blanche, avec un monocle, des ailes d’une beauté éclatante et une belle paire de cornes sanglantes, a fait subitement apparition sur mon épaule gauche.

“Mais, tu es fou! dit-il. Te rends-tu compte, tu fustiges un poète qui a, paraît-il, tant de fois failli emporter le Nobel!! Il t’écraserait comme une blatte, mon vieux, on n’entendrait plus jamais parler de toi.”

En le regardant de plus près, je me suis rendu compte qu’il ressemblait drôlement à Jean Cocteau. J’allais ranger ma plume électronique à sa place habituelle, juste à côté de mon buvard virtuel, lorsque m’est apparu sur l’épaule droite un petit homme en queue-de-pie noire, avec des ailes de chauve-souris et un halo rouge. Il avait une cagoule; je n’ai pas vu à qui il ressemblait, mais je crois qu’il avait la voix de Pynchon ou de Michaux.

“Mais si, descends-le! Les jeunes te remercieront, et ça sera bien fait pour lui; et qu’il bave éternellement à la poursuite de son Nobel.”

Ce fut l’Ange et le Diable de la Mondanité Littéraire.

Lequel devais-je écouter?

Je ne sais, mais voici la conclusion de la préface d’Yves Bonnefoy aux poésies de Marceline Desbordes-Valmore:

Si [Marceline Desbordes-Valmore] fut poète, grâce à cette adhésion à une terre, à un lieu, qui lui est restée de l’enfance, c’est en plaçant au milieu de ces souvenirs, comme leur source et même leur preuve, une figure de père. [...] C’est la présence d’un père qui l’a encouragée à ‘frayer’ la terre, sous l’étoile.” (Marceline Desbordes-Valmore, Poésies (Paris: Gallimard, Collection “Poésie,” 1983) 33, je souligne).

Derrière toute femme de talent, il y aurait donc…Papa?!?!?

Bravo, mon cher Yves, de cette belle contribution au féminisme; espérons que vous avez évolué depuis lors. Je n’en dirai pas plus; aux méchants d’aller chercher les autres coups bas, bien bas! du Grand Bonnefoy. Bast!
***

I recently started a passionate tirade against Yves Bonnefoy’s preface to the Poésie Gallimard edition of Marceline Desbordes-Valmore’s work, having found this preface full of false praise of the most perfidiously misogynistic kind. It’s more than twenty years old (1983), but alas, I’m convinced that it remains quite representative of the French academy, and it remains the sole pocket edition available of MDV’s work!

So, I was in the middle of composing my rant when a little devil in a white tuxedo, wearing a monocle, beautiful, shining wings and a lovely pair of bloody horns suddenly appeared on my left shoulder.

“Are you crazy?!” said the devil. “Do you realize you’re attacking a poet who, they say, has nearly won the Nobel countless times? He’ll squash you like a bug, my dear; no-one who’s anyone will ever hear from you again.”

I realized the devil bore a striking resemblance to Jean Cocteau. I was just about to put away my electronic feather-pen in its usual spot just next to my virtual blotter-paper, when a little man in a black tuxedo appeared on my right shoulder, sporting bat-wings and a red halo. He was wearing a mask, but I could have sworn he sounded like Pynchon or Michaux.

“Go for it, take a shot at him, crush him good! Today’s literary youth will thank you for it; may he eternally drool after his worthless Nobel ‘prize’!”

It was the Angel and the Devil of Literary Worldliness.

Which one did I listen to?

Who knows, but here’s how Yves Bonnefoy concludes his preface to Marceline Desbordes-Valmore’s poetry:

If [Marceline Desbordes-Valmore] became a poet, thanks to this intimate relationship with the land, with a place left to her by her childhood, it is by way of the figure, placed at the heart of these memories as their source and even as their proof, of her father. [...] It is the presence of a father that encouraged her to ‘forge a path’ across the earth, beneath the stars.” (Marceline Desbordes-Valmore, Poésies (Paris: Gallimard, Collection “Poésie,” 1983) 33, my translation and emphasis).

So, behind every great woman there’s a great…Daddy?!?!!?

Bravo, my dear Yves, for such a stunning contribution to feminism; let’s hope you’ve evolved a little since 1983. I won’t say another word; let the meanies go read the rest of the Great Bonnefoy’s back-stabbing sabotage. Enough!

Nov 11, 04:59 by Alexander Dickow
  1. n’importe quoi votre texte!!

    quand il parle du père, c’est bien de la “figure protectrice”, un symbole en somme, non un père avec des cheveux gras, plein de poils au torse, la clope au bec etc!
    Bonnefoy parle de la “présence d’UN père” (non DU père)!

    un guide spirituel…(Dieu, son père, ET, étoile Maison, un gremlins! bref! ce que tu veux! mais tu ne vas pas lui empêcher ça à la pauvre MDV??)

    en quoi les propos cités seraient-ils sexistes????


    gabriel    Apr 28, 14:08    #
  2. j’espère ne pas être trop encombrant mais un propos me gêne : ““Ils [les poèmes] ont d’ailleurs quelquefois déjà une aisance du rythme [...], qui sont la joie même de l’esprit vivant non pas l’immédiat, j’ai dit qu’il n’y en a pas, mais les grandes médiations simples qui constituent une terre.” Vous dites ne pas comprendre ce qu’il entend par “grandes médiations simples”.

    Je pense qu’il faut partir de la base : Bonnefoy est un poète de la terre, de “l’arrière-pays”...bref! de lieux où l’on peut encore espérer (chimère bien sûr mais c’est la cause de la poésie) trouver une “originellité”!
    un lieu fait de chemins, de directions mais non plus “cadastrés” : il faut s’imaginer dans un lieu où ne passe aucune route…un lieu presque “vierge” qui regorge de multiples directions ; au poète d’y conférer un sens!
    c’est ce qu’entend (il me semble) Bonnefoy par le terme “simples”!
    Stétié fait souvent référence au “jardin” (chimérique mais qui est élément de sens à sa poésie)!
    je pense qu’il y a chez Bonnefoy cette intuition à la différence que chez Bonnefoy, le jardin ne serait pas fermé bien ouvert à toutes les voix (les voies)!
    non plus un jardin mais la terre même!
    essayer de s’imaginer dans un lieu hors de toute géographie, de tous noms : le lieu tel qu’en lui-même (c’est peut-être là l’héritage des surréalistes) ; lieu qui justement prend en charge l’immédiateté (celle eidétique des surréalistes) pour l’étaler dans l’espace : remplacer l’instant “vierge” par l’espace “vierge”.

    ainsi, le poète n’est pas renfermer dans l’urgence (Bonnefoy est à l’opposé de l’urgence) mais se crée un espace médiateur (que ne permet pas l’instant).

    Le mot “grandes” participe de cette ouverture : le temps est réellement prise en charge par l’espace ; il y éclos – il en éclot même -, s’y rétracte, se couvre de neige…le temps est lieu


    gabriel    May 3, 09:32    #
  3. J’avoue être heureux de trouver quelqu’un encore capable de critiquer un “ponte”. Je suis toujours aussi fatigué par toutes ces logorrhées barbantes qui ont (avec quel brio ! ) séparé le grand public de la poésie, à coup d’écrits secondaires où chacun est heureux de faire entendre les étincelles puériles de sa fatuité dans des lignes vaniteuses, où l’on ne trouve, que çà et là, un bout de noiseete à faire craquer sous la dent. Tout cela pour faire de la poésie une énigme et la conduire à n’être plus qu’un petit refuge aux airs de cotteries… Cela aurait plu à Mallarmé, mais pour ma part, Mallarmé ne m’a pas plu.
    A l’époque, je me demandais, en tant qu’étudiant, s’il n’y avait pas une collaboration tacite entre ma professeur et ce dernier, afin de nous le faire acheter. Pourquoi ne pas lir eplutôt du Neruda…
    Je n’dirais pas que M. Bonnefoy n’est pas poète, mais il n’a pour moi rien de plus qu’un Claude Roy, si ce n’est une certaine suffisance opposée à l’humilité du second cité.

    J’ai appris par la suite que ma professeur était son ancienne maîtresse…
    Je ne sais si cela m’a influencé, mais j’ai finalement jeté son livre dans le caniveau.
    Après, les goûts et les couleurs, c’est une question de sensibilité comme on dit.
    Olivier    Nov 2, 05:11    #
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