Sur Yves Bonnefoy et Marceline Desbordes-Valmore: Suite

J’ai récemment écrit un article sur ce weblog à propos d’une préface d’Yves Bonnefoy à sa sélection des Poésies de Marceline Desbordes-Valmore (Paris : Gallimard, Collection « Poésies », 1983) 7-33. J’ai essentiellement taxé Bonnefoy de sexisme. Gabriel a répondu dernièrement à l’article en question :

« n’importe quoi votre texte!!
quand il parle du père, c’est bien de la “figure protectrice”, un symbole en somme, non un père avec des cheveux gras, plein de poils au torse, la clope au bec etc!
Bonnefoy parle de la “présence d’UN père” (non DU père)!
un guide spirituel…(Dieu, son père, ET, étoile Maison, un gremlins! bref! ce que tu veux! mais tu ne vas pas lui empêcher ça à la pauvre MDV??)
en quoi les propos cités seraient-ils sexistes???? »

Je remercie Gabriel, qui me donne l’impulsion nécessaire à mon projet de publier ici un extrait de correspondance avec Jean-Claude Pinson. Il s’agit bien de correspondance et non d’un texte critique : notre échange est parfois confus, écrit au hasard de la plume (_nos plumes couraient_…). S’il y a du confus, c’est sans aucun doute de ma propre faute. Mais avec l’accord de Jean-Claude, je reproduis cet échange, qui répond à plusieurs égards au commentaire de Gabriel. Tout d’abord, comme Gabriel, Jean-Claude Pinson doute du sexisme des remarques conclusives sur la figure du père.

Indépendamment de la question du père qui se discute, je résume d’abord en quoi la préface de Bonnefoy me paraît sexiste dans son ensemble, et ce malgré les bonnes intentions de l’auteur de Douve. Yves Bonnefoy valorise le manque d’artifice de MDV, l’absence d’un effort de « composition » poétique, l’authenticité sans ironie du chant de Marceline ; sa « naïveté » en somme. Or, je prétends qu’un tel « éloge » est sexiste, en ce qu’il fétichise l’« émotion », l’« intuition » « naturelle » et la « fraîche naïveté » de la femme. Cette représentation de la femme est un stéréotype sexiste : la femme « intuitive » est celle qui sent plutôt qu’elle ne réfléchit ; on voit bien où mène ensuite ce genre de logique. Je ne peux adhérer à une telle approche de l’oeuvre de MDV : je retrouve ces énormités à peine déguisées chez Bonnefoy, et j’en relève quelques-unes d’entre elles ci-dessous. Un éloge de la naïveté sans art de MDV, quand bien même l’intention reste de louer sincèrement, ne fait à mon sens qu’entériner les stéréotypes misogynes d’une MDV mièvre, pleurnicharde et sans « composition ». C’est un simple mensonge : peu d’écrivains bâtissent une oeuvre aussi pensée que celle d’MDV.

Je soutiens au demeurant que MDV reste authentique et sincère, et que ces derniers qualificatifs n’exigent en rien une adhésion au stéréotype de Bonnefoy. Les stratégies de l’écriture peuvent mettre des vérités en oeuvre et ne sont pas toujours ironiques; l’artifice et la réflexivité ne noient pas forcément l’émotion. Une rhétorique peut être sincère et vraie, et dire qu’il y a de l’artifice, de la réflexivité et de la stratégie chez Marceline Desbordes-Valmore n’est pas réduire la différence « féminine » de MDV, que je ne saurais nier : simplement, pour affirmer cette différence je ne ressens pas le besoin de dire qu’elle compose mal en réfléchissant peu !

Voici donc mon échange avec Jean-Claude Pinson, en expurgeant ce qui n’a pas trait à MDV et Bonnefoy. Merci à Jean-Claude pour son accord, et encore à Gabriel pour son commentaire. J’espère que Gabriel n’hésitera pas à lire la suite, et à y répondre.

Jean-Claude Pinson, le mercredi 3 décembre 2008 :

[...] je suis [...] allé voir ton blog.
Où j’ai découvert ce texte où tu n’y vas pas de main morte (mais de main au contraire très vive) sur Bonnefoy lecteur de Marceline Desbordes-Valmore. Du coup, j’ai relu le texte de Bonnefoy incriminé. On peut discuter, sans doute la phrase finale de l’essai que tu condamnes (= elle fut poète grâce à “une figure de père”). Mais j’en fais une toute autre lecture que toi. Je crois d’abord qu’il faut rendre cette justice à Bonnefoy qu’il a voulu (lui et nul autre poète contemporain) tirer MDV de l’oubli (plus que relatif) où elle est tombée. Et il le fait en soulignant qu’elle n’est pas loin d’être l’égale des plus grands, la rapprochant de Nerval et Rimbaud, ce qui n’est quand même pas rien. Il me semble aussi qu’il en situe très bien le destin dans le partage des sexes. Je retiens pour ma part ce passage, au début, passage qui me semble (écrit en 1983) n’aller en rien contre le “féminisme”; au contraire. C’est celui où il écrit que si “les hommes n’échangent plus tout à fait les femmes comme on ferait de biens matériels, ils n’en ont pas moins décidé entre eux des valeurs, des idées, des perceptions, des projets qui donnent structure à la langue”? etc. Et c’est contre ce “monopole masculin” que MDV a à lutter et en cette lutte Bonnefoy voit une chance, en somme, pour la poésie (qui quelque part, comme dirait Fourcade, est foncièrement femme). Quant au passage conclusif que tu incrimines, je ne suis pas loin, pour ma part, d’en faire une lecture presque… queer !

Car le père qui compte pour MDV, ce n’est pas le Père masculin (Juge et symbole de la Loi). C’est beaucoup plus un père féminin, un père enfantin d’avant la loi. Sans doute faudrait-il ici introduire un peu de psychanalyse et distinguer, à la façon lacanienne, un père imaginaire et un père symbolique. La biographie de MDV pourrait y aider. C’est ce que laisse entendre, me semble-t-il, Bonnefoy, dont l’analyse d’ailleurs est plus “existentielle” (comme celle qu’il a pratiquée pour son Rimbaud), qu’analytique. Mais je ne voudrais pas trop m’aventurer sur ces terrains, qui ne me sont guère familiers. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que MDV, dans ces vers, invoque beaucoup “les bras paternels”. J’y suis, pour ma part, très sensible pour une raison qui n’est pas forcément très bonne : le fait d’être grand-père ! Une dernière chose : je sais gré à Bonnefoy d’attirer l’attention du lecteur sur la très grande beauté de ces vers de MDV : “C’était loin, mais l’étoile allait, cherchait pour moi, / Et me frayait la terre où tu m’avais suivie”. Ils m’ont fait penser à ceux de Charles d’Orléans que tu reprends et transformes dans ton livre.
[...] J.-Cl.

Alexander Dickow, le mercredi 3 décembre 2008 :

Cher Jean-Claude,
Voir ci-dessous ma réponse très longue à propos de MDV et Bonnefoy, en comptant sur ton indulgence pour un jeune fougueux! J’ai un peu envie de publier ta dissension sur mon blog [...], car il est juste [envers] Bonnefoy de montrer les différents avis que l’on peut former sur sa préface. Et comme je te dis ci-dessous, je trouve particulièrement intéressant cette lecture “presque queer” de la figure du père chez MDV…. [...]
Alex

ET PUIS, SUR MDV…:
[...]
A ton sens de la nuance, je dois bien m’incliner dans une certaine mesure: je prenais un malin (ou pas si malin, peut-être) plaisir à l’iconoclasme du geste, ce qui en fait un article de blog plutôt criard. En réalité, ma lecture du texte de Bonnefoy est plus proche de la tienne (et peut-être de Bonnefoy) que cet article n’en peut faire paraître. Ceci dit, la fin du texte est loin d’être le seul endroit qui pose problème pour moi, comme j’ai voulu indiquer dans mon petit laïus de l’ange et du diable (mise en scène, si tu veux, de mon ambivalence (notamment à l’egard de Bonnefoy[...]).

D’abord, j’adore cette idée que MDV féminise la figure de son père, voire valorise la féminité chez les hommes: voilà les dents de Marceline colérique, il faudrait creuser ça! (Bonnefoy parle peu du côté des revendications politiques et autres de MDV).
Il faudrait vraiment lire [l’]article de Barbara Johnson sur MDV paru vers le début des années 90 dans Understanding French Poetry, mais je ne sais s’il a été traduit en [français]: [Johnson] montre bien mieux que moi comment les gestes de récupération et de promotion de MDV par des poètes masculins sont souvent à double tranchant[...].

Mais aucun doute, d’abord, que Bonnefoy veut en premier lieu (et au premier degré) défendre une poète injustement méconnue, ainsi que tu le dis. Et je suis heureux de lui reconnaître, en effet, le mérite de mettre en poche [...] MDV (sa sélection, comme tu le remarques par les splendides vers que tu cites, reste vraiment excellente).

Mais: comme il en va souvent dans des préfaces de poètes soi-disant “mineurs”, il capitule d’emblée aux détracteurs, en admettant la valeur tout de même relative de l’oeuvre. On voit le même geste dans les préfaces d’un André Salmon, par exemple, ou d’un Paul-Jean Toulet. Quoi que l’on pense effectivement de la valeur de ces poètes, c’est une espèce de tic rhétorique qui me fait sursauter. Lorsqu’on promeut, on ne dénigre pas! Sinon, les jeux sont faits. Voici, par exemple:

“Aussi naïfs soient-ils, et même mièvres, ces vers…” – mièvre! Peu importe ce qu’on pense, on ne promeut pas ainsi une poète, me trompé-je? (page 19)

Ou:

”...l’indéniable inégalité des poèmes dans les recueils…” (page 30) (Bonnefoy n’explique pas cette affirmation péremptoire…inégal comment?) il continue: ”...si bien qu’il est difficile, à qui cherche les pièces sans défauts, d’en acquérir ici un assez grand nombre.” Je trouve que cette affirmation frôle l’arrogance de la part d’un poète; je ne sais pas si je publierais un tel jugement sur l’oeuvre de n’importe quel poète, dans la mesure ou j’aurais l’impression de dire par là que je n’ai pas cet avis de ma propre oeuvre. [...] De toute manière, là encore, c’est plutôt assassin comme geste préfaciel, non?

Ou:

“Mais au coeur même de ces poèmes qu’on trouve parfois négligés – ma plume court, dira volontiers Marceline – et qui manquent certainement de tout désir de composition,...” (page 18)

Fidèle à son habitude, Bonnefoy prend ses distances avec l’opinion convenue, avec ce “on” et ce “parfois”, et il le fait ailleurs dans cette préface avec prudence. Mais ici, il se retourne en disant “qui manque certainement de tout désir de composition, en prenant l’affirmation “ma plume court” désespérément au premier degré. Ailleurs sur mon blog, j’ai justement tenté de démontrer combien MDV est hautement composée. “Ma plume court” est une artifice, une pose rhétorique (on voit la même chez Sacré!): MDV le sait, et joue avec cette pose, souvent pour la miner (encore, comme Sacré). Bonnefoy veut à tout prix une MDV “simple” (il le dit ailleurs). Mais on sait combien la “négligence” romantique d’un Hugo ou d’un Lamartine est à la fois superficielle et factice: elle est elle-même une pièce importante de la machine rhétorique du romantisme.

La différence avec MDV, c’est que l’on veut y croire. Ici, je crois que Bonnefoy est…de bonne foi (pardonne-moi…). Il est fondamentalement un poète de la sincérité, hymnique, chtonien, de la voix qui est ici, si j’ose dire. Mais je crois que la croyance à la naïveté et à la simplicité nuit terriblement à MDV, puisqu’elle est une poète femme, et ce malgré l’intention de Bonnefoy. Je pense que le désir d’immédiateté et d’authenticité devient ici un leurre pour Bonnefoy. Exemple, voici Bonnefoy qui veut avoir le beurre (l’immédiat) et, quand même, l’argent du beurre (la conscience que l’immédiat est inaccessible à l’homme): “Ils [les poèmes] ont d’ailleurs quelquefois déjà une aisance du rythme [...], qui sont la joie même de l’esprit vivant non pas l’immédiat, j’ai dit qu’il n’y en a pas, mais les grandes médiations simples qui constituent une terre.” Je soupçonne un peu de sophisme; je ne sais trop ce que sont les “grandes médiations simples” dont il parle ici: il n’y a pas de médiations “plus proches” de l’immédiat que d’autres, à mon sens!

C’est vrai que je me suis posé des questions sur les intentions de Bonnefoy, je l’avoue, comme lorsqu’il écrit: “Et nous qui l’avons négligée, parce que nous confondons la poésie avec l’art, la vérité avec l’invention, la qualité avec la surprise,...” (page 15). Le “nous” m’éveille déjà des soupçons: s’agit-il des hommes, ou de tout le monde, au juste? Et s’adresse-t-il, au long de cette préface, à ceux qui apprécient MDV et veulent la (re)découvrir, ou à ceux qui sont tellement hostiles à son oeuvre que le préfacier doit les apaiser en qualifiant chaque éloge? (Justement: peut-être. Comme tu dis, Bonnefoy, et aucun autre, a mis MDV en poche; il écrit peut-être avec le sentiment un peu trop vif de devoir se défendre contre une idée reçue trop écrasante: l’effet vingt ans après serait donc un peu dommage, mais un peu plus compréhensible. Ce serait intéressant de l’interroger au sujet de ses sentiments à ce propos lorsqu’il écrivait la préface….)
C’est tout de même un peu étrange, cette tergiversation, non?
Et que dit-il ici, sinon que la poésie de MDV n’a ni “art”, ni “invention”, ni “surprise”? Même si [invention, art et surprise] n’équivalent pas à poésie, vérité et qualité, c’est tout de même l’exact oppose d’un éloge, de quelque manière que je retourne cette phrase!

Tu vas peut-être me trouver encore trop injuste avec Bonnefoy. Finalement, je préfère mille fois la poésie de Bonnefoy à ses lectures d’autres écrivains, qui me semblent tous un peu trop Bonnefoy. Son petit livre sur Louis-René des Forêts, par exemple, publié en forme de quatre ou cinq articles dans la NRF, m’a éveillé sans cesse les plus vifs désaccords, presque à toutes les pages. [...] Mes réactions à sa prose sont donc à prendre cum grano salis...
Alex

Jean-Claude Pinson, le jeudi 4 décembre 2008 :

Cher Alex,
Une très rapide réponse, en attendant de trouver le temps de lire de près ton long argumentaire sur Y. B. et M. D-V (dont je ne suis pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un fin connaisseur). Et surtout rassure-toi, je ne m’offusque pas de ta fougue polémique : la poésie en a bien besoin pour rester en vie ! Et puis j’y vois une prise de position en faveur du “poétariat” (il faudrait développer) qui n’est pas pour me déplaire (car M. D.-V. me paraît par bien des côtés annoncer le dit “poétariat”).
Je ne vois pas d’inconvénient à ce que tu reprennes mon propos sur ton blog, même si ce n’est qu’une lettre privée (sans toutes ces pesées du propos et polissage du style qui vont avec la publication). À toi de voir l’intérêt pour ton site (et si tu reprends cette lettre, je te serais gré alors d’indiquer que c’est, justement, extrait d’une lettre).

[...]
J.-Cl.

Jean-Claude Pinson, le samedi 13 décembre 2008 :

J’ai donc, cette fois, lu attentivement ton long développement sur MDV. Il me semble que tu y soulèves fortement deux questions fortes. Le première concerne l’attitude qui doit
être celle du critique. Je crois d’abord qu’ il n’y a guère d’œuvre qui ne soit inégale [...]. Ensuite, pour quelle raison faudrait-il que le critique s’interdise de reconnaître les faiblesses d’une œuvre que pourtant il s’attache à défendre ? Je ne vois pas bien, sauf à ramener l’art de la critique à celui de la guerre (promouvoir ou descendre). [...] La seconde question touche à la notion, très problématique (mais très élaborée), du “simple” chez Bonnefoy. Ce qu’il veut dire cependant, à mon avis, c’est que le prix de l’œuvre de MDV tient pour beaucoup à ce qu’elle a su, comme les plus grands, se porter au-delà de l’art (un terme plutôt péjoratif chez Bonnefoy). Au-delà de l’art (même si c’est par l’art – là tu as raison, c’est toujours par artifice que la plume court), c’est-à-dire du côté de l’existence, parvenant à faire vibrer sa corde la plus vraie. Disons, pour simplifier: plutôt Rimbaud que Mallarmé. [...] Mais on retrouve là tout le nouage singulier de ces vieilles catégories schillériennes qui me sont chères : le naïf et le “sentimental”. [...]
J.-Cl.

Alexander Dickow, le 18 janvier 2009:

Pour reprendre brièvement notre discussion à propos de MDV et Bonnefoy: c’est un peu loin maintenant, mais je voulais ajouter au moins ceci. Je ne crois pas que mon argument suppose l’abdication du critique face aux faiblesses d’une oeuvre, mais seulement qu’il faut choisir son contexte, et qu’un texte préfaciel n’est pas le meilleur endroit pour développer la critique dans ce sens. Non pas que la préface doive rester pour autant dans l’éloge, ce qui mène à d’autres travers (très fréquent, justement, dans les préfaces). Les meilleures préfaces, à mon sens, évitent autant l’éloge creux que le genre de remarques négatives (à mon sens) que je reproche à Bonnefoy. Elles réussissent en se tenant [...] à distance de l’oeuvre, tout en ouvrant les portes de l’oeuvre, si je puis dire (défi critique; ainsi n’y a-t-il que trop peu de préfaces vraiment durables et percutantes). Mais je m’éloigne de Bonnefoy: je pense que tu as raison de lire dans cette préface de l’éloge de la part de Bonnefoy, la même ou je lis des remarques négatives: renversement générationnel…?
Quoi qu’il en soit, j’ai déjà dit la fréquence de mon désaccord avec [Bonnefoy le critique], trop attaché à l’authenticité et à une nostalgie de la plénitude que je pense un leurre, et ce malgré toutes ses précautions de philosophe [...].
Alex

May 2, 13:00 by Alexander Dickow
  1. Je vous remercie pour votre réponse et surtout d’avoir mis votre correspondance avec Jean-Claude Pinson (dont le nom ne m’est pas inconnu ; à découvrir alors)en ligne

    par quoi commencer?
    “sa « naïveté » en somme. Or, je prétends qu’un tel « éloge » est sexiste, en ce qu’il fétichise l’« émotion », l’« intuition » « naturelle » et la « fraîche naïveté » de la femme.”
    Mais c’est comme cela que lui-même conçoit sa poésie, “l’expérience” avant toute chose (laquelle chez lui n’a rien à voir avec la fameuse expression de Sartre car pour Bonnefoy, il n’y a tout simplement ps d’essence, donc aucune idéologie en ce sens).

    De plus, je suis assez d’accord avec monsieur Pinson quant à la critique de Bonnefoy sur “l’inégalité” des textes: elle leur est inhérente et il ne faut pas tomber dans la sacralisation (mot un peu trop fort et je pense que telle n’était pas votre intention)

    Mais ce qui me dérange (je n’ai lu qu’un bout de la préface et lu quelques poèmes de MDV), c’est que vous semblez insinuer (peut-être, fais-je une interprétation erronée) que, en parlant de “mièvre[rie]”, Bonnefoy est conditionné par un point de vue (inconscient peut-être) sexiste : en somme tous ces termes “fraîche”, “intuitive”,en seraient empreints.

    comme je l’ai écrit, la “fraîcheur”, la “naïveté”, en tant que telles ne sont pas des critiques de la part de Bonnefoy (lui dont la poésie est pleine de cette fraîcheur, de cette recherche du non-artifice – voire son poème – j’ai oublié le titre et ne retrouve plus mon livre ; j’enrage…- “Tu me dis que tu aimes le mot Ronce”... (Ce qui fut sans lumière))
    Bonnefoy est un poète de “L’Arrière-Pays” non de la ville!

    je citerais un vers de Stétié sur lequel j’ai fait une étude et que j’adore : “Parfaitement est le vrai nom de l’imparfait”(in Fabrique du bleu”) : cela signifie que ce sont justement les imperfections qui rendent l’oeuvre (désolé pour le “oe” que je n’arrive pas à lier) attachante, humaine et la “mièvrerie” (notons tout de même les modalisateurs auxquels participent le subjonctif “Aussi naïfs soient-ils, et même mièvres, ces vers…”!
    le “même” a le sens de “quand bien même” : les vers n’en perdent pas leur “fraîcheur”!

    le “même” ici n’a pas valeur d’insistance (par ex. “ils sont naïfs et même mièvres”) mais participent à renforcer l’argumentation car “même mièvres, les vers…”.

    je ne sais quoi dire d’autres sinon que votre réponse on ne peut plus courtoise m’a renvoyé à mon agressivité première.

    Veuillez m’en excuser


    gabriel    May 3, 08:50    #
  2. Bonjour aux acteurs de ce débat passionnant ! Pour aller dans le sens de Monsieur Dickow, et en même temps prendre mes distances avec sa critique, je dirais qu’il ne faut pas oublier la dimension proprement rhétorique qu’il y a dans l’art critique de Bonnefoy. Certes son Rimbaud de 1961 est absolument admirable, mais au fil du temps, et depuis déjà quelques années, Yves Bonnefoy se répète, ressasse. D’une certaine manière, et qu’on me pardonne de critiquer violemment un auteur que par ailleurs je révère, il plaque ses analyses sur les poètes. On peut dire qu’il fait des lectures “à la Bonnefoy”. Il est en quelque sorte sexiste involontairement, par habitude critique ; la poésie contre l’art est devenue chez lui un catégorie de pensée, une dialectique mécanique. Ainsi, quand il parle – et brillamment – de Yeats, c’est en refusant d’accorder toute son importance à la tentation platonicienne de Yeats, à la haine de soi (du corps, de la finitude). Plus récemment, dans le texte intitulé “Notre besoin de Rimbaud”, qui ouvre le volume du même nom paru récemment, on devine dès le début ce qui va être dit, pour peu qu’on soit rompu à son écriture.


    Maxime    Jun 19, 08:01    #
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