Reflections on Rabelais, by way of Hoccleve: Réflexions sur Rabelais, à travers Hoccleve

While reading Hoccleve’s Regiment of Princes and Series recently, I began to notice resonances between them and Rabelais’ much later Tiers livre. There seems little doubt that Rabelais was unaware of the English poet’s work. Where do these resonances come from?

Professor Larry Scanlon, in whose seminar I studied Hoccleve, mentioned the importance of Boethius, and the narrative and philosophical tradition to which the Consolatio gave rise in the Middle Ages, to Hoccleve’s Regiment (or rather, its first 2016 lines). The poem’s initial situation is “Boethian”: the narrator complains about his anxiety, and then meets an authoritative figure (a poor old man, in Hoccleve: elsewhere, Reason, Lady Philosophy…). A dialogue ensues, consisting principally of the authority’s consolatory moral teachings. As one might expect, when the young narrator expresses the desire to remain alone in his misery, the old man responds by quoting Ecclesiastes ( vae soli ...):

“The Book seith thus – I redde it yore agone:
‘Wo be to him that list to been allone,
For if he falle, help ne hath he noon
To ryse.’” (Hoccleve, ll. 204-207)

Now, in Rabelais’ Tiers livre, at the center of the famous “chanson de ricochet” scene (chapter IX), Panurge struggles (in vain) to elicit a compassionate response from Pantagruel with an identical allusion:

“Vous [Pantagruel] sçavez qu’il est escript: Veh soli. L’homme seul n’a jamais tel soulas qu’on veoyd entre gens mariez. [.....] Et si par cas tombois en maladie, traicté ne serois qu’au rebours. Le saige dict: là où n’est femme, j’entends merefamiles, et en mariage légitime, le malade est en grand estrif.” (François Rabelais, 99-101)

Shortly thereafter, Panurge will reproach Pantagruel for refusing to “console” him (François Rabelais, 103). The parallel between the two passages is too strong to be ignored, however common allusions to Ecclesiastes may be, especially since Panurge’s verb “consoler” points directly to the ancient literary genre in question. The entire Tiers livre, in fact, may be read as a parody of the Boethian narrative (especially, given Rabelais’ classical training, re-refracted through Seneca et al.). Pantagruel, embodiment of reason and virtue, refuses to adopt an unequivocal position of pedagogue, while the anxious Panurge refuses to be “consoled”. The latter’s worries about the possibility of becoming a cuckold, in this perspective, is a trivialized, parodic version of the instability of Fortune. The consolatio has short-circuited, and both players will not play by the rules of the genre.


It may well be that others have made similar observations about the generic parody of the Tiers livre: Professor François Cornilliat made related ones in a personal communication in regard to an important chapter of Pantagruel, a chapter which serves as one of the matrices of the Tiers livre. But I have not seen it developed elsewhere, perhaps because it supposes the possibility of a strong connection between Rabelais’ work and the Middle Ages, which might make some Renaissance scholars uncomfortable (preferring to draw parallels between Rabelais and classical sources such as Lucian, more obvious and more directly present as “sources”). But the example above is only one example of the many resonances between Hoccleve and Rabelais’ works, bearing witness to a great deal of common (Medieval Christian) culture.

On the other hand—it seems much more likely I simply haven’t read some critic who discussed this many years ago. I’m no specialist.

***
En lisant les Regiment of Princes et Series de Thomas Hoccleve récemment, j’ai senti de plus en plus de résonances entre ces dernières oeuvres et le Tiers livre de Rabelais. Sans doute Rabelais ne connaissait pas l’oeuvre du poète anglais. D’où viennent ces résonances?

Professeur Larry Scanlon, qui nous a donné Hoccleve à lire dans le cadre de son séminaire, a parlé de l’importance de Boèce pour le Regiment de Hoccleve (ou plutôt ses 2016 premiers vers), et de la tradition narrative et philosophique que la Consolatio a fait naître au moyen âge. La situation initiale du poème est “boétienne” (?): un narrateur se plaint de son angoisse, puis rencontre une autorité (un vieil homme pauvre chez Hoccleve; ailleurs, Raison, Philosophie…). Suit un dialogue qui consiste principalement en l’enseignement moral et consolateur de l’autorité. Lorsque le jeune narrateur de Hoccleve exprime son désir de rester seul à contempler sa propre misère, le vieil homme répond, comme l’on devait s’y attendre, en citant l’Ecclésiaste ( vae soli ...):

“The Book seith thus – I redde it yore agone:
‘Wo be to him that list to been allone,
For if he falle, help ne hath he noon
To ryse.’” (Hoccleve, ll. 204-207)

Or, dans le Tiers livre de Rabelais, au centre de la célèbre “chanson de ricochet” (chapitre IX), Panurge sollicite (en vain) une réaction de compassion de la part de Pantagruel, justement par une allusion identique:

“Vous [Pantagruel] sçavez qu’il est escript: Veh soli. L’homme seul n’a jamais tel soulas qu’on veoyd entre gens mariez. [.....] Et si par cas tombois en maladie, traicté ne serois qu’au rebours. Le saige dict: là où n’est femme, j’entends merefamiles, et en mariage légitime, le malade est en grand estrif.” (François Rabelais, 99-101)

Peu de temps après, Panurge reprochera à Pantagruel de s’être refusé à le “consoler” (François Rabelais, 103). L’allusion à l’Ecclésiaste a beau être banale; le parallèle entre les deux passages me frappe, surtout par ce verbe “consoler” utilisé par Panurge et qui semble directement évoquer le genre de la consolation. Le Tiers livre, en fait, pourrait être conçu comme une parodie du dialogue boétien (?) (surtout, étant donné la culture de Rabelais, à travers le filtre—une deuxième fois—de Sénèque et al.). Pantagruel, paragon de la raison et de la vertu, refuse de jouer de manière non-équivoque le rôle de pédagogue/autorité, tandis que Panurge l’angoissé refuse toute “consolation”. Les inquiétudes de ce dernier à propos du cocuage possible, dans cette perspective, serait la caricature dérisoire du motif de l’instabilité de la Fortune. La consolatio échoue par une sorte de court-circuit, ses acteurs ne voulant pas jouer par les règles du genre.


Il se peut bien que d’autres ont fait des observations analogues à propos de cette parodie générique dans le Tiers livre: le Professeur François Cornilliat m’a fait des remarques vaguement dans ce sens à propos d’un chapitre important du Pantagruel, chapitre qui constitue l’une des “matrices” du Tiers livre. Mais je n’ai pas vu cette perspective traitée de front dans mes lectures critiques, peut-être parce qu’elle suppose un lien fort entre la Renaissance et le moyen âge, lien avec lequel les spécialistes de la Renaissance ne sont peut-être pas à l’aise (ces spécialistes préfèrent, j’imagine, faire des parallèles entre Rabelais et des sources classiques plus immédiates et plus essentielles, telles Lucian). Mais le parallèle des citations de l’Ecclesiaste n’est qu’un seul exemple des résonances multiples que j’ai remarquées entre Rabelais et Hoccleve, ce qui me semblent témoigner d’une certaine culture commune (par le biais du catholicisme médiéval).

Mais, à bien y penser, il me semble surtout probable que je n’ai pas lu le critique qui a parlé de tout ça il y a bien longtemps. Après tout, je ne suis pas spécialiste.

References
Hoccleve, Thomas and Charles R. Blyth (ed.). The Regiment of Princes. Kalamazoo, Michigan: TEAMS / Medieval Institute Publications at Western Michigan University, 1999.

Rabelais, François and Jean Céard (ed.). Le Tiers livre. Paris: Livre de Poche, “Bibliothèque Classique,” 1995.

Nov 1, 08:21 by Alexander Dickow
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