Eloge de Jean Arp (Ambiguïtés visuelles et illusions d'optique): In Praise of Hans Arp (Visual Ambiguity and the Optical Illusion)
Exposure to so-called “abstract” art reveals that the search for visual referents in these works is for the most part a naive exercise: one easily imagines the simpleton standing in front of a Tanguy tableau looking for animals or human faces in the painter’s suggestive blobs and smears. “I can see a house! And there’s an airplane!” For a long time, I have found myself fascinated with Hans Arp’s paper cut-out shape entitled “Mustache Hat,” without fully understanding why until recently.

At the same time, I can’t help but admire a kind of discrete formal virtuosity in the image. Arp eschews the vulgar pleasures of the optical illusion (a swan or an elephant?). These latter ultimately exhaust themselves more readily than Arp’s image, because an optical illusion is always either one thing or the other, by turns (a rabbit or a duck?). And these optical illusions display a kind of ostentatious satisfaction in their own cleverness: they are most of all spectacles.
Arp’s image, on the other hand, has a greater capacity for simultaneity: it is one thing and the other; the hat never appears to us as just a hat, but appears as a hat which vaguely resembles a face, a wig that reminds us of a mustache, etc. The images suggested to the viewer permeate or overlap each other; they have been fused into a single form.
Yet Arp’s visual “shock” does not perhaps exhaust itself so quickly. We apprehend the schematic representations it suggests—hat/mustache/wig/face—quickly, but these all relate curiously to the face. That which surrounds and decorates the human face—head gear, facial hair, coiffure, perhaps buttons or glasses—have become the face’s visual metonyms (and metaphors: these objects which ordinarily do not resemble each other, hats and mustaches, have here been made to do so). I’d be tempted to borrow Deleuze’s expression, and refer to this process as a visagéification or devenir visage of the hat/mustache/wig. But, in accordance with Dada’s general orientations, it might be more proper to call this a “dévisagéification” of the face. Arp has emptied this “face” of its humanity, made it a hollow mask, reduced it to its mere ornaments or to its barest outline.
One might therefore come full circle, and affirm the naïveté of searching for the face in the “traditional” portrait or in the figures of any “figurative” painting. The traditional value of the portrait resided in how “expressive” and how “life-like” it was (which is not precisely the same as its resemblance to the real; we do not refer to a table or bed in a Vermeer as “life-like”). The Mona Lisa’s amused or tranquil gaze is finally no more animated than the buttons of Arp’s wonderful hat.
***
A force d’être exposé à l’art appelé “abstrait,” on apprend que la recherche de référents visuels dans ces oeuvres est pour la plupart une préoccupation naïve: on imagine volontier le simplet contemplant un tableau de Tanguy, à la recherche d’animaux ou de visages humains dans les formes globuleuses ou mouchetées du peintre. “Moi, j’y vois une maison! Et moi, un avion!” Depuis longtemps, j’ai été fasciné par une silhouette découpée de Jean Arp, intitulé “Chapeau à moustache,” sans comprendre le pourquoi de ma fascination jusqu’à récemment. J’en trouve une des raisons probables dans le fait d’avoir été en quelque sorte le dupe de cette image. Arp semble se moquer de la tendance chez celui qui regarde l’oeuvre d’art, à trouver des représentations dans les formes abstraites, car l’artiste réduit ce que l’image suggère à quelques objets immédiatement perçus et parfaitement triviaux. Le titre nous pousse à y voir un chapeau ou une moustache, et nous pouvons songer tout autant à une vaste perruque épaisse, ou encore deux yeux d’un visage qui nous regarde d’une manière amusée. Mais une fois que nous avons “déchiffré” la plaisanterie visuelle, que nous avons perçu la minuscule détonation, il n’en reste rien, et Arp nous laisse en train de sourire bêtement devant notre dada plat et insignifiant (on a l’impression à la fois amusante et déçevante d’analyser l’inanité de notre propre portrait: How now, Narcissus?).
Et pourtant, je ne peux m’empêcher d’admirer une sorte de discrète virtuosité formelle dans cette image. Arp refuse le plaisir vulgaire de l’illusion d’optique (est-ce un cygne, est-ce un éléphant?). Celles-ci sont finalement plus susceptible d’épuisement que l’image d’Arp, car l’illusion d’optique est toujours soit ceci, soit cela, tour à tour (lapin, ou canard?). Et puis, ces illusions d’optique-là paraissent toujours se complaire dans leur propre ingéniosité ostentatoire: ce sont avant tout des spectacles.
L’image d’Arp, par contre, a plus de simultanéité. Elle est à la fois ceci et cela; le chapeau ne nous paraît jamais seulement en tant que chapeau, mais plutôt en tant que chapeau qui a quelque chose d’un visage, en tant que perruque vaguement moustachue, etc. Les images suggérées au regard se recoupent et se contaminent; il y a eu synthèse visuelle des objets distincts en une seule forme.
Peut-être que le “choc” visuel de cette image ne s’épuise pas aussi rapidement qu’on aura prévu. On appréhende les représentations schématiques—chapeau/moustache/perruque/visage—presque immédiatement, mais celles-ci ont tous un rapport significatif au visage. Tout ce qui entoure et décore le visage humain—couvre-chefs, poils du visage, coiffures, voire boutons et binocles—est devenu la métonymie visuelle du visage (mais aussi la métaphore du visage: ces objets qui d’habitude ne se ressemblent pas, sont rendus ressemblants). Je serais tenté d’emprunter le néologisme de Deleuze, et d’appeler cela un processus de visagéification ou de devenir visage du chapeau/moustache/perruque. Mais selon l’orientation générale du mouvement dada, il serait peut-être plus juste de dire qu’il s’agit de “dévisagéifier” le visage. Arp vide ce visage de son humanité, en fait un masque creux, l’a réduit à ses seuls ornements ou à son contour le plus nu.
On serait ainsi revenu au point de départ, mais autrement. Il s’agirait maintenant d’affirmer la naïveté de chercher des visages dans le “portrait” traditionnel ou dans toute peinture “figurative”. Traditionnellement, on juge de la valeur d’un portrait par son “expressivité” et par son air “vivant” (ce qui n’équivaut pas à la “ressemblance” ou “vérisimilitude”, car on dit d’un portrait qu’il paraît vivant, mais non pas d’une table ou d’un lit dans un Vermeer). Finalement, le regard tranquille ou amusé de la Joconde n’a pas plus de vie que les boutons de ce merveilleux chapeau.
Sep 14, 06:29 by Alexander Dickow

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